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A la frontière de l’humanité

Jeudi 13 février 2020

Deux maraudeurs étaient jugés au tribunal correctionnel de Gap

Cinq dépositaires de la force publique, dont deux policiers de la Police aux frontières (PAF), ont portés plainte contre deux maraudeurs pris en flagrant délit de solidarité. Ils sont accusés d’outrage et de manquement à la signalétique (refus de fouille, de prise d’empreinte digitale). Selon la substitut du procureur de la République, Mélanie Loridan, en décembre dernier, les prévenus sont contrôlés et arrêtés au col de Montgenèvre pour « le transport dans des conditions douteuses de personnes en situation irrégulière », mais ce n’est pas la raison de leur présence à la barre: L’un d’eux aurait proféré un « Vous faites un boulot de merde, vous êtes une merde » et l’autre un « fuck of » en refusant la fouille.

La défenderesse, Maître Cécile Faure-Brac, a démontré la faiblesse des accusations qui ne reposent que sur la parole des plaignants. Les deux accusés nient les faits en expliquant qu’ils ont l’habitude des contrôles et n’ont jamais été pris en défaut, même si celui-ci relevait de « la chasse à l’homme » en pleine forêt glaciale.

Parole contre parole ou Parole de la force contre celle de la solidarité.

L’avocate pénaliste, Maître Emilie Bérengier, à dénoncé le « business policier des outrages » qui faisait écho à un rapport de l’Inspection générale de l’administration rendu fin 2013. Le Ministère de la Justice confirme que le business perdure et s’il arrondit les fins de mois de quelques policiers, ça n’en reste pas moins une charge pour la collectivité de près de 13 millions d’euros. Il n’en n’est nulle question dans cette affaire mais que penser d’une procédure qui se joue sur pas grand chose (?). Le comportement de la police aux frontières n’est-il jamais outrageant lorsqu’il ne fait pas la différence entre un geste de solidarité et un acte de délinquance? La justice n’est-elle jamais outrageante lorsqu’elle transforme le simple citoyen qui vient en aide à son frère humain en un vulgaire et grossier personnage qui mettrait en péril les fondements de la République? Qui outrage qui et quoi?

Il y a une autre frontière que celle qui sépare les nations: celle qui définit les contours de l’humanité et qui permet de s’interroger, même lorsqu’on est policier ou magistrat, sur ce qui relève de la loi et ce qui est de la nature inique de la loi. C’est ce que rappelait en 2004 les survivants du Conseil National de la Résistance dans un appel à la jeunesse de notre pays. Finalement, nos deux héros du jour ont écopé pour l’un de 600 euros d’amende avec sursis et pour les deux de 150 euros par policier « outragé ». 

Tout ce qui est excessif devrait être insignifiant et »en même temps »…

Tout cela paraît bien excessif et fait dire aux associations, notamment Tous migrants » , que ce procès « s’inscrit pleinement dans le contexte de répression qui existe aujourd’hui aux frontières et partout ailleurs, sur les personnes en soutien mais aussi et surtout sur les migrant.e.s. Effectivement, les intimidations et la répression qu’exerce l’État sur les personnes solidaires à travers des contrôles ciblés, des amendes, du harcèlement policier, des procès,etc., ne sont qu’une petite partie de l’arsenal de répression mis en place par les autorités dans le cadre des politiques anti-migratoires. »

Politique de la peur du gendarme, de répression touchant certaines catégories plus que d’autres, buisiness ou bien réel sentiment de 5 policiers qui se sentent vraiment outragés et tellement traumatisés par un « fuck of« , un « Vous faites un boulot de merde » qu’il leur fallait absolument passer par une procédure judiciaire pour atténuer leur peine? ou peut-être aussi une police à bout qui craque sous la dénaturation de certaines de leur missions sûrement loin de la vocation de certains? Autant de questions qui mériteraient peut-être un vrai grand débat de société sur la politique sécuritaire et judiciaire de la France. 

Par delà les frontières

Au delà de la réelle détresse d’êtres humains contraints à l’exil pour survivre aux conflits armés, au changement climatique, à la misère, que pèsent dans la balance judiciaire les parts d’humanité face au pragmatisme du fonctionnement du système? Le sort des exilé-e-s, mutilé-e-s par de rudes épreuves, échappant, pour beaucoup aux conséquences de nos propres politiques sur leur terre natale, est réduit à la valeur d’un tampon apposé sur un procès-verbal judiciaire.

Pascale Escallier

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